
Depuis le Moyen Âge, le chanvre est cultivé dans le Forez. Son utilisation dans le textile permet alors la confection des cordages mais aussi de linge et de toiles pour les vêtements. Avant d’être tissé, le chanvre est roui puis cardé et enfin filé.
A partir du XVIIIe siècle l’utilisation du chanvre décline peu à peu au profit du coton et la culture du chanvre se raréfie dans le Forez.
©Musée de l’aventure textile
En 1831 et 1834, les Canuts se révoltent à Lyon. Afin de continuer leur activité, les soyeux lyonnais, leurs patrons, se tournent vers des territoires voisins. Là se trouve une main d’œuvre qualifiée et demandeuse de revenus complémentaires. Les ouvriers étant disséminés, les donneurs d’ordre évitent ainsi le risque de rébellion.
Les collines du matin bénéficient de cette délocalisation. La plupart des maisons, possèdent ainsi un ou plusieurs métiers, dans une pièce appelée « la boutique ». Pour de nombreux « paysans-tisseurs », le tissage complète de modestes revenus. Vers 1860, les soieries lyonnaises commençant à fabriquer des tissus pour robes, cravates et ameublement. Les tisseurs s’équipent alors d’un métier Jacquard permettant de produire un dessin précis. Ils travaillent soit sous leur propre nom soit à façon pour des donneurs d’ordre distribuant la matière première et le travail.

En 1872, on compte 80 000 métiers à tisser répartis entre Charlieu et les Montagnes du Matin. Des ateliers familiaux assurent une production régulière et un savoir-faire reconnu attire le travail.
À partir de 1890, les métiers mécaniques remplacent progressivement les métiers à bras. Cette nouvelle technique ainsi que l’introduction de la machine à vapeur entraînent le regroupement des métiers en usines. C’est à Bussières en 1894 qu’une première usine possède des métiers mécaniques. A Panissières, l’usine Loire Piquet installe la machine à vapeur en 1903. Le tissage passe donc de l’échelle artisanale à industrielle. L’arrivée de l’électricité dans les années 1920 poursuit cette dynamique.

Fin XXème, début XIXème siècles, plusieurs crises successives ont pour conséquence la fermeture de nombreuses usines et ateliers.
Malgré cela, aujourd’hui, une douzaine d’entreprises perdure encore, chacune s’étant spécialisée dans un secteur spécifique.
Le savoir-faire actuel, héritier de plusieurs siècles de tissage, est mis au service des maisons de Haute-Couture, des technologies de pointe pour les tissus techniques, ou encore de l’ameublement.
Le damassé
Le damassé est un tissu façonné dont les motifs formés par la trame se retrouvent parfaitement identiques sur l’envers, où ils sont dessinés par la chaîne.
La fabrication de ce tissu s’est développée dans toute la France, à partir du XVIème siècle, notamment à Panissières.
@Musée de l’Aventure textile

Joseph Toerk, industriel Morave, spécialisé dans le damassé, attiré par l’activité textile des collines du matin s’installe en 1814 à Panissières. Il a l’ingénieuse idée d’utiliser la nouvelle mécanique Jacquard pour le tissage du linge damassé. Dès lors, Joseph Toerk forge la réputation de Panissières et provoque la mise en marche d’une réelle industrie.
Dès 1865, nappes, serviettes personnalisées ou monogrammées pour hôtels et restaurants, sortent en nombre des ateliers panissièrois : Bonnassieux, Froget, Guerpillon-Loire, Ducreux-Messy et Piquet. En 1873, il y a quinze usines spécialisées dans la fabrication du linge de table damassé.

Malheureusement, le manque de liaison ferroviaire pénalise le bassin panissièrois. Les toiles de Panissières ne doivent alors leur survie qu’à leur qualité. Les années 1970/80 voient la fin de cette tradition. En 1980, les Ets Piquet arrêtent la fabrication. En 1982, les Ets Ducreux Père et Fils tissent les dernières nappes de Panissières. Le 31 décembre 1984, l’entreprise Piquet-Loire ferme définitivement.
C’est dans cette ancienne usine qu’est installé le musée de l’Aventure textile.
La gaze à bluter

La gaze à bluter est un tissu léger et transparent. Il est obtenu par un procédé de croisement particulier constitué de fils droits et de fils de tour pour éviter le glissement des fils.
Ainsi la particularité de la gaze est de présenter des intervalles très réguliers entre les fils de chaîne et les fils de trame. Cela sert tout d’abord en meunerie pour le tamisage (« blutage ») de la farine. C’est aussi utilisé au tamisage de nombreux produits naturels, tel que le souffre de Sicile, et de synthèse, tels que les produits chimiques. La contexture gaze fut également utilisée dans le voile, tissu beaucoup plus léger et vaporeux que la gaze à bluter.
La gaze à bluter était tissée dans des « boutiques », ateliers familiaux installés dans les maisons des tisseurs. Les communes de Cottance, Montchal, Ste Agathe en Donzy ou encore Violay « ont étaient des centres importants de tissage de gaze à bluter.
C’est le tissage du chanvre implanté à Panissières depuis le Moyen Âge qui, au XVIIIème siècle, fut à l’origine de tissus à bluter du secteur. La laine prit ensuite le relais, sous le nom bluteau. Elle réussit plutôt bien à tenir le marché jusqu’à la fin du XIXème siècle.

La meunerie devenant de plus en plus exigeante. Le bluteau de soie supplanta donc le bluteau de laine. Finalement, début XXème siècle, la gaze à bluter de soie remplace progressivement les toiles en chanvre et en laine. Ces nouveaux tissus demande des mains habiles et expérimentées et impose des conditions hygrométriques idéales. Deux atouts que possédait déjà la région des Montagnes du Matin.
En 1911, 3 fabriques françaises de gaze à bluter fusionnent pour donner naissance à l’Union des Gazes à Bluter (UGB). Cette dernière s’installe à Panissières dans les locaux de la manufacture Favre et Martinod.
La même année, Herman Tobler, fabricant Suisse de gaze à bluter, installe à Panissières la Fabrique lyonnaise de soies à bluter. En 1920, l’UGB occupe 280 tisseurs à bras et la fabrique lyonnaise 86.

Avec l’arrivée de l’électricité en 1924, de nombreux tisseurs à bras quittent leur métier pour venir travailler en usine. Néanmoins, en 1928 à Panissières et alentours, encore plus de 400 métiers à bras de gaze de soie à bluter fonctionnent dans les « boutiques » à domicile. La fibre synthétique remplace la soie dans les années 50 signant la disparition des tisseurs à domicile de gaze à bluter.
En 1969, deux entreprises panissièroises fusionnent et poursuivent leurs activités sous le nom d’UGB. La gaze à bluter sert alors pour de nombreux usages. En effet, sa fabrication sert pour le filtrage de l’air, des liquides, ou pour le comptage des globules sanguins sous microscope. Le tissu le plus fin compte 40 000 trous sur 1 cm² et sert pour les filtres de poches de sérum.
L’UGB deviendra la société SEFAR FYLTIS à partir des années 90. Elle ferme définitivement ses portes en février 2000, sonnant définitivement le glas de la spécialité de la gaze à bluter panissièroise.
La cravate

Pour trouver l’origine de la cravate, il faut remonter à la guerre de trente ans. En effet, vers 1630, Louis XIII rencontre les soldats croates, alliés de la France. L’uniforme des Croates comprend un foulard coloré noué qui séduisit les français. L’origine du mot « cravate » pourrait ainsi être une altération de « croate ». La cravate devient ainsi l’accessoire du gentilhomme.
Lorsque Louis XIV accède au trône, ces cravates deviennent à la mode en France. Le personnel militaire, les courtisans français et le peuple se mettent à porter cet accessoire.
Le tissu pour cravate est un dérivé du tissage de soieries et est fabriqué à Panissières à partir des années 1930. Deux entreprises se spécialisent dans ce tissu et produisent jusqu’à 80 % de la demande française de tissu pour cravate : Dutel, fondée en 1937, et les tissages Jean Bonassieux, créés en 1960.
Dans les années 1960, s’implante également une entreprise de confection de cravates : Gédélux. C’est pour cela que Panissières a été nommée un temps « la capitale de la cravate ».
Aujourd’hui le tissu pour cravate ne représente plus qu’une infime partie des productions textiles des Montagnes du Matin. Sa fabrication se poursuit grâce à Dutel et Interstiss à Panissières et Denis & Fils à Montchal.

Jusqu’en 2022, le musée de Panissières portait le nom du « Musée de la cravate et du textile ». Afin de valoriser l’ensemble de l’activité et élargir la thématique à l’aspect social du tissage, il se nomme désormais le « Musée de l’Aventure textile ».
Cravates et nœud ©Musée de l’aventure textile
Architecture textile
Les traces de l’histoire textile des Montagnes du matin sont visibles dans ses paysages, et notamment dans l’architecture. On retrouve plusieurs typologies de bâtiments :
- La boutique

Au temps du paysan-tisseur (du Moyen Âge jusqu’au 19ème siècle), la plupart des habitants étaient agriculteurs. Le travail des champs occupait la majeure partie de leur temps. Mais, à la morte saison, l’hiver, le paysan devenait tisseur pour amener un appoint de revenus dans le foyer. Généralement il avait un métier à tisser chez lui (à bras), situé dans une pièce appelée « boutique ». Celle-ci avait un sol en terre battue qui assurait l’hygrométrie nécessaire au tissage.
- L’atelier de tissage

Avec l’arrivée de l’électricité au début du XXe siècle, le nombre de tisseurs à domicile se développe considérablement. Chacun possède un ou plusieurs métiers à tisser qu’il installe chez lui au rez-de-chaussée. Il peut s’agir d’un agrandissement ou bien d’un bâtiment indépendant aux alentours de la maison. Ces ateliers sont facilement reconnaissables par leurs grandes fenêtres, parfois encadrées de briques.
Les ateliers avec un toit en dents de scie, sheds, indiquent des lieux de production plus importants. Ils peuvent comporter une dizaine de métiers et des employés.
Une génoise agrémente certains bâtiments. En effet, ces rangées de briques positionnées sous l’avancée du toit ont pour fonction d’éloigner les eaux de pluie du mur. On raconte que le nombre de rangées reflétait l’importance du propriétaire.
- Les usines

A la fin du XIXe siècle et au début du XXe, le tissage s’industrialise grâce à de nouveaux
procédés mécaniques et des usines de tissage s’implantent dans de nombreux villages.
Celles du XIXe siècle ont comme caractéristiques les toits en dents de scie et les grandes fenêtres. A l’inverse, les usines du milieu du XXe siècle et d’aujourd’hui sont plus modernes. Elles sont souvent construites à proximité ou en complément d’anciens bâtiments.
Le monorail

A la fin du XXe siècle, la ville de Panissières, avec l’importance de son industrie textile, réclame une liaison ferrée avec Feurs. Le projet retenu est celui de l’ingénieur Charles Lartigue.
C’est la première fois qu’une telle voie ferrée, reposant sur un seul rail (d’où son nom), est expérimentée. La déclaration d’utilité publique date du 9 juin 1891.
La ligne prévue mesure 17 km de long avec 5 gares. Les travaux commencent en 1894. Des rapports alertent à plusieurs reprises le conseil général sur la mauvaise réalisation du chantier et le non-respect du cahier des charges.

En août 1895, des essais préliminaires à l’ouverture de la voie au public se déroulent. L’aller se passe correctement même si la voie provoque une instabilité notoire. Au retour, lors d’un freinage en courbe, la voie est arrachée et déplacée latéralement sur une longueur de 20 à 25 mètres.
La commission technique nommée par le préfet repousse la demande d’ouverture pour cause de ligne inachevée et d’une voie trop légère. Après bien des déboires et d’autres essais infructueux, la déchéance de la ligne est votée le 10 avril 1899.
Un ferrailleur de Lyon finit par acheter le monorail pour la somme de 53 000 F.

Encore très présent dans la mémoire collective, le monorail continue d’alimenter l’identité de la commune. La maquette grandeur nature de la locomotive se trouve place de la Liberté à Panissières. Une partie de l’ancienne voie de chemin de fer est désormais un chemin de randonnée pédestre : découvrez le circuit du Monorail.
Reproduction de la locomotive du monorail ©OT Forez Est – Stéphanie Thimonier Vial